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L’existence comme une histoire de peau : le toucher ou le sens du contact

David Le Breton

Dans La saveur du monde (2006), pages 175 à 217

A fleur de peau

Le sens tactile englobe le corps en son entier en épaisseur et en surface, il émane de la totalité de la peau, contrairement aux autres sens plus étroitement localisés. En permanence sur tous les lieux du corps, même en dormant, nous sentons le monde environnant. Le sensible est d’abord la tactilité des choses, le contact avec les autres ou les objets, le sentiment d’avoir les pieds sur terre. A travers ses peaux innombrables, le monde nous enseigne sur ses constituants, ses volumes, ses textures, ses contours, son poids, sa température. “Le toucher, grands dieux, c’est le sens même du corps tout entier : par lui pénètrent en nous les impressions du dehors, par lui se révèle toute souffrance intérieure de l’organisme, ou bien, au contraire, le plaisir de l’acte de Vénus” (Lucrèce, 1964, 64).

L’éminence du toucher dans l’existence, le fait qu’il soit premier dans l’ontogenèse, induit l’élargissement de la notion de contact aux autres sens. Pour Épicure par exemple tous les sens se réduisent au toucher, puisque toute perception s’assimile à un contact. Platon en reprend l’idée. Aristote établit chaque sens dans sa dimension propre, et il en compte cinq. Il confère cependant au toucher une sorte d’éminence car il “est en effet séparé de tous les autres sens, tandis que les autres sont inséparables de celui-là […]. Le toucher existe seul pour tous les animaux [1][1]Aristote, Petit traité d’histoire naturelle, Belles-Lettres,…”. Un dictionnaire de la langue russe édité en 1903 suggère qu’“en réalité les cinq sens se réduisent à un seul, celui du toucher. La langue et le palais sentent la nourriture ; les oreilles sentent les sons ; le nez les émanations olfactives ; les yeux les rayons de lumière” (in Mead, Metraux, 1953, 163). Voir est assimilé à une palpation de l’œil (Le Breton, 2004). “Le toucher est par rapport aux autres sens ce qu’est le blanc pour les couleurs – c’est sur lui qu’est fondée la gamme des sentiments. Tout ce qui nous vient du dehors est contact, que nous le ressentions sous la forme de la lumière, du son ou de l’odeur [2][2]E. Junger, Le Contemplateur solitaire, Grasset, Paris, 1975, p.….” Matrice des autres sens, la peau est une vaste géographie nourrissant des sensorialités différentes, elle les englobe sur sa toile, ouvrant à l’homme des dimensions singulières du réel que l’on ne saurait isoler les unes des autres. “En effet, dit Condillac, sans le toucher, j’aurais toujours regardé les odeurs, les saveurs, les couleurs et les sons comme à moi ; jamais je n’aurais jugé qu’il y a des corps odoriférants, sonores, colorés, savoureux [3][3]Condillac, Traité des sensations, puf, Paris, 1947, p. 312..”

Mais une autre filiation, plus platonicienne, fait du toucher un sens vulgaire qui ne distingue guère l’homme de l’animal. Si Ficin, fidèle à l’esprit de la Renaissance qui assimile le toucher à la sexualité, reconnaît un instant qu’il s’agit d’un “sens universel” sollicitant autant les animaux que les hommes, il conteste son assimilation à l’intelligence, qui distingue, elle, les hommes du règne animal. Il écrit : “La nature a placé le toucher au plus loin de l’intelligence” (in O’Rourke Boyle, 1995, 4). Le sens du toucher appartient à la matière, non à l’âme ou à l’esprit, il est chose du corps. Si l’amour contemplatif s’élève à partir de la vue, l’amour voluptueux condescend au toucher, mais ce dernier n’a pas la même valeur. Pour Pic de la Mirandole, autre platonicien, les mains et le toucher retiennent corporellement une âme tendue vers son ascension divine. “Les mains ne sont pas une instance de divinisation, mais de dégradation, écrit O’Rourke Boyle. Le toucher des mains n’est pas une image crédible pour un programme platonicien” (1998, 5).

Nombre de philosophes poursuivent le dénigrement d’un sens trop éloigné à leurs yeux de l’âme ou de la pensée. Pour Des cartes, par exemple, le toucher occupe le rang le plus bas dans l’échelle des sens : “L’attouchement qui a pour objet tous les corps qui peuvent mouvoir quelque partie de la chair ou de la peau de notre corps […] ne nous donne en effet pas de connaissance de l’objet : le seul mouvement dont une épée coupe une partie de notre peau nous fait sentir de la douleur sans nous faire savoir pour cela quel est le mouvement ou la figure de cette épée [4][4]R. Descartes, Principes de la philosophie, Gallimard, Paris, p.….” Singulière question que se pose Descartes, plus soucieux du style de la blessure qui lui a été infligée que de la blessure elle-même. La subordination du sens à un savoir conçu sur le modèle de la vue, et rationalisé, amène nécessairement au dénigrement du toucher.

Pourtant, on peut être aveugle, sourd, anosmique et continuer à vivre. On peut connaître des agnosies locales, mais la disparition de toutes sensations tactiles signe la perte de l’autonomie personnelle, la paralysie de la volonté et sa délégation à d’autres personnes. L’homme est impuissant à se mouvoir s’il n’éprouve la solidité de ses mouvements et la tangibilité de son environnement. La disparition du toucher est une privation de la jouissance du monde, l’encombrement dans un corps devenu pesant et inutile, la dérobade de toute possibilité d’action autonome. L’anesthésie cutanée bouleverse le geste, il rend les membres de marbre et provoque la maladresse. “Le sens du toucher est le seul dont la privation entraîne la mort”, observe déjà Aristote (1989, 108). Sans point d’appui, sans limite autour de soi pour ressaisir le sens de la présence, l’homme se dissout dans l’espace comme l’eau se mêle à l’eau, il glisse dans une impensable apesanteur. Seul sens indispensable à la vie, le toucher est la souche fondatrice du rapport de l’homme au monde. A travers la métaphore de la statue qui s’éveille sens après sens, Condillac écrit que c’est “avec le toucher que la statue commence à réfléchir”. Il écrit encore : “Nos connaissances viennent des sens, et particulièrement du toucher, parce que c’est lui qui instruit les autres sens [5][5]Condillac, Id., p. 313.”.

La douceur

« Chacun sait plus ou moins ce qu’est la douceur, et chacun la manifeste plus ou moins dans sa vie. Cependant certains tempéraments dotés d’une forte personnalité doivent davantage travailler la douceur. L’essentiel est d’être doux avec soi-même, de ne pas violenter son corps, d’être doux dans ses pensées et de s’aimer.

Comment pouvez-vous être doux avec vous-même ? Avez-vous seulement appris à caresser votre corps, à lui donner de la tendresse, de la douceur, à lui sourire quand vous vous regardez dans un miroir, à caresser vos mains, vos jambes ? Faites-le en conscience, en disant à votre corps : « je t’aime et je te donne tendresse, douceur et Amour ».

Vous ne voyez souvent votre corps qu’au travers de la souffrance qu’il vous occasionne ; vous dites : « mon corps me fait mal, mon corps par-ci, mon corps par-là, mon corps souffre de dysharmonies, etc ».

Impact de la nature des soins sur la sécrétion d’ocytocine chez l’enfant prématuré – USA – 2018

Dans cette étude originale, les chercheuses en sciences infirmières ont voulu déterminer si les soins avaient un impact sur la sécrétion d’ocytocine des enfants prématurés.

L’ocytocine, appelée aussi hormone de l’attachement, est sécrétée par l’hypothalamus, et influe à la fois sur le fonctionnement du cerveau et des organes cibles périphériques tels que le cœur, le système digestif ou les reins. Sa sécrétion est corrélée aux expériences sensorielles vécues par le bébé, et interagit avec des systèmes biologiques cruciaux tels que l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien – dit « axe du stress » -, le système nerveux autonome et le système dopaminergique. Ces interactions produisent des changements hormonaux qui influent de façon significative les processus neurologiques et neuro-développementaux. L’ocytocine est aussi également impliquée dans la cognition sociale et la régulation émotionnelle.

Toutefois, aucune recherche n’a encore été conduite sur le système ocytocique chez l’enfant prématuré, et aucune donnée sur les taux normaux d’ocytocine n’a été publiée concernant les nouveau-nés et les enfants humains, alors que des données existent chez l’adulte et chez l’animal.

Les infirmières ont un rôle clé pour apporter aux bébés et modéliser auprès des parents, des expériences sensorielles, favorable au lien, à l’attachement et au développement social et émotionnel du bébé.

Introduire la mesure du taux d’ocytocine dans une recherche sur l’enfant prématuré offre l’opportunité d’évaluer de nouvelles interventions en vue de soutenir les processus d’attachement parent-enfant et les processus neurobiologiques favorables à son développement socio-émotionnel.

Le toucher, outil privilégié de la communication non verbale

Des étudiantes en soins infirmiers de l’Ifsi de Beaune ont souhaité approfondir leurs connaissances sur le toucher dans les soins. Dans le cadre des unités d’enseignement optionnels des semestres 5 et 6, elles ont vécu une expérience enrichissante.

Dans le cadre du rôle propre infirmier, les approches non médicamenteuses, notamment autour du toucher, sont intégrées à la prise en soins. Elles favorisent le confort et le bien-être des patients. Ces soins relationnels permettent de développer la communication non verbale et d’enrichir la relation soignant-soigné. Le toucher peut aussi modifier la représentation du soin et l’appréhension qui en découle.

Après avoir revu les fondamentaux du toucher avec une infirmière de l’équipe mobile de soins palliatifs du centre hospitalier de Beaune (Côte d’Or), nous avons appris à nous réapproprier notre corps. Cela nous a aidées pour entrer en relation avec les résidents du Centre Nicolas-Rollin, un établissement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) où nous avons mené notre action.

Par la suite, l’équipe de toucher-détente de l’Ehpad nous a accueillies et associées à leurs activités. Réparties en quatre groupes et accompagnées d’une professionnelle, nous avons pu consacrer un temps de bien-être dédié aux résidents. Chacune des séances, individuelles (massage des bras et jambes) ou collectives (massage des mains), nous a permis d’établir un lien direct peau contre peau. Le toucher s’est révélé un outil privilégié de communication non verbale.

Le quatrième trimestre : une transition soutenue par le massage

Nicole Dematteis

ERES | « Spirale »  2018/2 N° 86 | pages 61 à 67 / ISSN 1278-4699

 

Né immature, le petit humain a besoin d’une transition entre l’univers utérin et l’univers terrestre. La « nidation » peut se prolonger d’autant plus facilement que sont proposées des proximités corporelles qui soutiennent ses adaptations.

Proximité

Le bébé, dès la naissance, déploie des stratégies pour obtenir et maintenir la proximité avec l’adulte, le plus souvent sa mère, logiquement proche de lui. Pour répondre aux demandes de leur enfant, la mère et le père ont besoin de sollicitations et de retours de l’enfant gratifiants – sourires, babillages –, mais parfois moins agréables – fuite du regard, agitation, pleurs. Ces appels lancés par le bébé et les réponses apportées par ses parents leur permettent de se coordonner avec lui.

Le bébé a besoin d’un temps de transition qui est facilité par un environnement de contact corporel avec l’adulte : portage dans les bras, bercements, au cours mais aussi au-delà des soins d’hygiène et des interactions nourricières. Le nouveau-né apprécie de retrouver les sensations qu’il a connues dans le ventre maternel : appuis variés sur son corps procurés par les contours permanents, les bases de sa sécurité. Il peut ainsi réactiver cette sécurité, construite principalement sur sa sensorialité. Toute la physiologie maternelle périnatale concourt à préparer la mère à assurer cette continuité.

« La femme atteint un stade dont normalement elle se remet au cours des semaines et des mois qui suivent la naissance du bébé ; stade pendant lequel, dans une large mesure, elle est le bébé et le bébé est elle » (Winnicott, 1953). Dans nos sociétés occidentales modernes, les pratiques du « prendre soin du bébé » sont souvent réprouvées, parfois même par les professionnels de santé, sous prétexte d’éviter les « mauvaises habitudes ». Des conditionnements culturels pesants imposent encore des limites sans en évaluer les conséquences délétères. Les parents qui outrepassent ces diktats se sentent parfois d’autant plus « en faute » que cette « autorité » se targue d’un savoir scientifique. Cette culpabilité génère des émotions difficiles chez des parents en construction, qui déjà tâtonnent pour être les meilleurs parents possibles. Néanmoins, de plus en plus d’entre eux ressentent le besoin de ces pratiques proximales et chaleureuses, perçoivent intuitivement l’évidence de ce type de réponse aux manifestations du bébé.

Le massage à l’épreuve de la science

Alors que le massage est considéré dans de multiples cultures et depuis la nuit des temps, comme une pratique médicale à part entière, chez nous, le rapport au corps est resté tellement longtemps ambigu, voire entaché de culpabilité – puritanisme judéo-chrétien oblige – qu’un acte aussi banal et naturel que se toucher les uns les autres est devenu quasi tabou en dehors des relations affectives privilégiées et des « codes » jugés « socialement acceptables ». Mais depuis un siècle, de nombreuses expériences ont été menées qui démontrent le bien-fondé des pratiques ancestrales du toucher. Ce sont les résultats de ces expériences que je me propose de vous exposer ici. Vous trouverez en fin d’article un lien bibliographique qui vous permettra, si vous le souhaitez, d’approfondir le sujet.

Toucher, effleurer, heurter, émouvoir, désarmer, chatouiller

Psychopraticienne et danse thérapeute, je m’interroge régulièrement sur le rapport au corps et au toucher, du corps à la psyché.

En tant que danse thérapeute, j’interviens depuis plus de quinze ans dans un hôpital de jour accueillant des jeunes gens en souffrance psychotique.

Je travaille avec un groupe semi-ouvert de six à huit patients, et je propose un atelier hebdomadaire de danse improvisée et de danse appelée Contact Improvisation (née dans les années 1970 à l’initiative de Steve Paxton).

Le Contact Improvisation se joue dans l’apprentissage de l’altérité : mon mouvement existe parce que je prends appui sur l’autre, mais si je me « fonds » en lui, le mouvement cesse par extinction de la dynamique. La danse naît et se développe par le contact avec l’autre, contact allant de l’effleurement jusqu’à prendre appui ou offrir un appui à mon ou mes partenaires de danse.

Le toucher est donc le sens convoqué, sollicité en premier lieu pour être “à l’écoute“ dans l’ici et maintenant du mouvement qui se crée dans l’instant.

Toucher c’est voir.

Rencontre avec Quitterie Ithurbide, artiste peintre plasticienne

 

Artiste peintre plasticienne, Quitterie Ithurbide travaille sur un concept particulier : offrir, à des personnes mal voyantes ou non voyantes, l’accès à des tableaux célèbres par des réinterprétations en céramique2. Son postulat est de permettre, à des personnes handicapées visuellement, une approche « à leur façon », à travers le toucher de ses œuvres.

Les vertus thérapeutiques des activités manuelles

Faire quelque chose de ses mains est un gage d’équilibre et de mieux-être.

Dans une première vie, Cécile Barbara se voyait comme «une pure intellectuelle». Bac + 5, grande école de commerce, admissible à l’ENA… Ses compétences analytiques étaient indéniables. Trente ans plus tard, la voici mosaïste et, même si elle garde quelques missions journalistiques, l’essentiel de son activité quotidienne est la création et la pose de sols ou de façades de boutiques. Une reconversion après un licenciement, un CAP de carreleur obtenu à l’âge de 40 ans, Cécile est une «néo-artisane» qui a trouvé sa voie par hasard.

«Un jour, attirée par les couleurs, j’ai acheté dans un magasin de bricolage un petit kit pour décorer un cadre photo, se souvient-elle. L’immense plaisir que j’ai ressenti, le dimanche après-midi suivant, en assemblant les petits carrés de céramique, une forme de concentration joyeuse, ne m’a jamais quittée! Et même aujourd’hui quand j’ai d’importants chantiers à mener, avec leurs contraintes et les soucis que cela implique, créer une mosaïque m’apaise.»

Ce travail manuel a même changé «toute (sa) manière de vivre», confie-t-elle, et cela, elle l’explique par l’intense transformation personnelle que cette activité a entraînée. «Lorsque j’installe une mosaïque, j’arrête de penser, je fais le vide et mon corps tout entier se retrouve engagé à travers mes sensations. Tous mes sens sont convoqués: la vue de toutes ces couleurs, le toucher, l’odorat – ça sent la colle! -, l’ouïe quand je coupe… Et quand je vois ma création terminée, je peux vraiment dire: “oui, ma main donne la vie!”»

De ce qui nous touche

Conférence de Corinna Coulmas,

Philosophe, Historienne des religions et Sociologue, Paris.

Bonjour Mesdames, bonjour Messieurs,

Dans le cadre de cette journée consacrée au sens du toucher, je voudrais réfléchir avec vous sur ce qui nous touche, dans tous les sens du terme, pour déterminer ce que c’est que le toucher : ce qu’il est ici et ailleurs, comment il change de forme et de signification dans le temps et dans l’espace, comment il agit. C’est là un immense sujet, et je ne prétends pas pouvoir l’embrasser dans cette conférence. Mais j’aimerais donner quelques impulsions à la discussion et l’ouvrir à des thèses qui me tiennent à cœur. Comme il se doit pour un tel sujet, nous avancerons à tâtons.

Cela me touche beaucoup,  disons-nous à propos d’un geste attentionné, d’une belle musique, d’une œuvre d’art ou d’un paysage. En le disant, nous sommes convaincus de nous exprimer par un sens figuré, d’utiliser une métaphore si évidente qu’elle peut paraître banale. Nous croyons par ailleurs connaitre la manière dont cette métaphore fonctionne. Le sens premier est concret. Je – un corps sensible – suis touché de façon douce ou dure par un autre corps ou par un objet, par quelque chose qui, comme moi, occupe une étendue, une portion déterminable dans l’espace. Le sens figuré transposerait dans le domaine abstrait cette expérience physique, palpable. La sensation tactile (sens premier) renverrait ainsi au sentiment d’être affecté par quelque chose (la métaphore).

Mais est-ce vraiment si sûr qu’il en est ainsi ? Et si le sens abstrait de notre proposition Cela me touche n’était justement pas une métaphore, c’est-à-dire un transfert dans un autre ordre, mais une variante d’un même phénomène qui a lieu dans des sphères différentes ?

Pour mieux cerner le problème, examinons l’exemple suivant : il nous est déjà arrivé à nous tous de nous retourner subrepticement parce que nous sentons quelque chose dans le dos – pour constater que quelqu’un est en train de nous regarder. Son regard nous a touché et nous y avons réagi en nous retournant. S’agit-il d’une métaphore ou d’un sens direct ?

Si nous éprouvons quelque difficulté à répondre à cette question, cela tient au fait que dans notre civilisation, nous avons l’habitude d’associer le toucher exclusivement au domaine matériel et physique. Dire qu’un regard nous touche n’a donc pas de sens, sauf si la phrase est comprise métaphoriquement. Or, il se trouve que le regard en question, qui appartient peut-être à quelqu’un que nous ne connaissons même pas, ne nous a pas touchés émotionnellement, mais de façon tout à fait directe, dans notre corps.

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