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Le toucher en temps de Covid-19

Le nouveau coronavirus a imposé de la distance entre les personnes. S’embrasser, s’étreindre, se serrer la main est toujours déconseillé, la pandémie étant loin d’être terminée. Quelles conséquences a ce manque de contacts physiques ? Analyse avec deux spécialistes du sujet.

Garder une certaine distance les uns avec les autres est parmi les principaux gestes barrières qui nous sont imposés. Impossible, si nous les respectons, d’embrasser ses proches ou de les étreindre, même après plusieurs semaines confinées, sauf à être sûr qu’ils ne sont pas malades. Pourtant, dès son plus jeune âge, l’humain a besoin de toucher et d’être touché. Quelles conséquences peut avoir ce manque de contacts physiques qui pourrait encore durer plusieurs mois ? Pourquoi le toucher est-il (si) important dans nos vies ? Entretiens croisés avec deux spécialistes du toucher : Anne Vincent-Buffault, historienne des sensibilités et autrice de l’ouvrage Histoire sensible du toucher (L’Harmattan) et Jacques Fischer-Lokou, professeur des universités en psychologie sociale à l’université Bretagne-Sud.

Le toucher, un sens aux multiples avatars

Josy-Jeanne Ghedighian-Courier

Dans Cahiers jungiens de psychanalyse 2006/2 (n° 118), pages 17 à 28

À l’origine était le tact, il désignait ce que nous appelons aujourd’hui le toucher. Cette mésaventure sémantique illustre le sort particulier qu’a connu, et connaît encore, le sens du toucher. Le vocabulaire lui conteste l’intelligence et la subtilité qui lui avaient été attribuées d’office, pour le diversifier en une pléthore d’expressions familières, artistiques, triviales ou sexuelles. Ainsi, certains préfèrent toucher leur bille plutôt que jouer à touche-pipi, pendant que le peintre s’essaie à déposer la touche de lumière qui illumine ce qu’il réalise. La pluralité des mots ne fait que refléter l’extrême ambivalence, voire la peur des sociétés, des religions et des cultures à l’égard du toucher et surtout vis-à-vis des gestes et des situations qu’il suscite. Cela lui a valu d’être soigneusement codé, encadré et ritualisé. D’où vient que celui qui n’est, après tout, que l’un de nos cinq sens, le premier à se développer vers la huitième semaine de la vie fœtale, connaisse un statut aussi particulier ? Est-ce parce que le toucher ne se produit jamais de manière isolée ?

Le toucher : une approche relationnelle

Par Monique Remillieux

2016

 

Le toucher est le premier sens de la communication, du bien-être. Le toucher, comme tous les autres sens, s’il n’est pas suffisamment stimulé, perd de sa sensibilité. Plus la peau est touchée, plus elle devient sensible et réceptive.

Notre société se caractérise par un manque de caresses, de contacts corporels chaleureux, car le toucher est sans doute le plus réprimé de tous les sens.

Dans notre profession, de même que notre présence, nos gestes chaleureux, faits d’attention, de disponibilité, de tendresse seront dans bien des cas non un luxe, mais de l’énergie nécessaire qui permettra à la personne de mieux lutter contre sa maladie et sa souffrance.

Pour aborder le toucher et notamment le massage, il faut savoir établir une réelle relation soignant–soigné.

Il est nécessaire de développer ses qualités humaines, d’être capable de disponibilité, de chaleur.

Il est également important que le soignant développe sa capacité empathique, afin d’être capable de prendre du recul par rapport à ses préoccupations personnelles, ses expériences similaires pour faire preuve de flexibilité et laisser de côté son cadre de référence habituel pour intégrer celui de l’autre afin de trouver la bonne distance.

Pour initier le toucher, il faut d’abord prendre contact par la main et ne plus rompre ce contact, il faut ressentir ce qui se passe en nous tout en étant à l’écoute de ce qui se passe chez la personne que nous massons. Il faut également s’adapter et ne pas dispenser des gestes systématiques qui ne seraient pas agréables ; n’oublions pas que chaque personne est unique et que son ressenti sera donc lui aussi unique.

L’expérience est la source même de ce savoir, qui pourra se compléter par l’acquisition de techniques et par des formations plus théoriques.

La peau et le toucher (thème et variations)

Jean Marvaud / 2018

La peau, organe solide et fragile, délimite, englobe, enveloppe tout le corps. Objet de soins et d’embellissement au cours des siècles, elle est une forme de langage social. Le toucher et son interdit sont présents depuis les textes religieux sacrés (« noli me tangere ») jusqu’à la psychanalyse. La relaxation psychanalytique est une ouverture. Le Moi-peau et les échanges tactiles entre la mère et l’enfant enveloppent tout l’appareil psychique. Le lien se fait avec les variations psychopathologiques et psychosomatiques. Savons-nous suffisamment écouter la peau et son équilibre psychique, la regarder, la toucher, la sentir ?

Le toucher en thérapie psychomotrice

Jacqueline Sarda

 

Les troubles qui s’écrivent sur le corps de l’enfant sont pensés, en psychomotricité, comme s’articulant autour de l’histoire réelle, consciente et inconsciente du sujet-enfant, et aussi de celle de ses parents, de sa famille, des générations précédentes.

C’est par le dialogue tonico-émotionnel, outil de travail central du psychomotricien, dans l’espace vivant et habité de la séance, que l’enfant va devenir acteur et sujet de sa motricité. Alors se trouve favorisée une émergence des ressentis, des éprouvés, d’une densité émotionnelle enfin présente, des états et mouvements toniques qui viennent à prendre corps et permettre la différenciation d’un dedans dehors du corps dont la peau fait frontière et la différenciation du « moi mon corps » (Durey, 2001) du « toi ton corps ».

Le « moi mon corps » est ce qui, venant de l’indistinction moi/autre, est parvenu par l’expérience des éprouvés, ressentis et mémorisés, à faire trace et prendre corps dans le langage. En effet, le corps c’est quelqu’un. « Moi mon corps » est un corps qui se tient tout seul. Pour qu’il se tienne, il a fallu qu’un lien se construise, il a fallu lier « moi mon corps » par l’émotionnel et la pensée, au corps d’un « autre », au désir d’un autre.

Transferts et médiations corporelles : comment passer de la sensation à la représentation ?

Agnès Molard

Dans Cliniques 2016/2 (N° 12), pages 42 à 62

« Mon corps est aussi le corps de violette. L’odeur de Violette est comme ma deuxième peau. Mon corps est aussi le corps de papa, le corps de Dodo, le corps de Manès… Notre corps est aussi le corps des Autres ».

(Pennac, 2012, p. 42)

Voici une réflexion à partir d’un travail individuel de médiation corporelle d’inspiration psychanalytique auprès d’adolescentes hospitalisées pour des troubles du comportement alimentaire dans le pôle adolescent d’une clinique psychiatrique.

L’enveloppe institutionnelle

La vie psychique et la réalité corporelle des soignants de l’institution forment le corps institutionnel. Celui-ci est constitué par sa pratique, dans ses dires, ses choix éthiques, sa réflexion commune, mais aussi au travers des actions, des interventions contre-transférentielles de chacun de ses participants ou de l’ensemble du groupe.

L’enveloppe institutionnelle tissée par les liens entre les soignants permet aux patients une contenance nécessaire à leurs remaniements psychiques surtout lorsqu’il s’agit d’accueillir des personnes avec des pathologies narcissiques. Si cette enveloppe est suffisamment sécurisante, fiable et souple, les patients peuvent s’appuyer sur ce qu’ils vivent dans le cadre de la relation transférentielle avec l’un des membres de l’équipe pour continuer leur chemin vers la mise en sens de leurs symptômes avec d’autres membres de l’équipe soignante. Cette diffraction du transfert peut être moins menaçante que ce qui pourrait être redouté dans un travail individuel hors institution. Elle permet aussi de désamorcer l’instauration de clivages tout en permettant des expressions d’affects différenciés et des niveaux de symbolisation divers avec un thérapeute ou un autre. Le corps institutionnel vient étayer l’image du corps défaillante des patients. Pour J. Bleger dans « Psychanalyse du cadre psychanalytique », le cadre psychanalytique, sur le modèle de la mère va représenter « le non-moi de l’individu », il est « la partie la plus régressive, la plus psychotique des patients. (Cela va pour tous les types de patients). Le cadre est une présence permanente comme le sont les parents pour l’enfant. Sans eux aucun développement possible du moi » (Bleger, 1979, p. 269). Cela n’est envisageable que si l’équipe soignante résiste à son tour aux clivages favorisés par les projections des patients. P. Delion souligne dans son article « Clivage(s), psychopathologie et institutions » que : « Les membres de la constellation transférentielle (ainsi nommée par J. Oury) sont amenés à se réunir régulièrement pour parler de leur contre-transfert individuel de façon suffisamment tranquille quelles qu’en soient les expressions… Dépassant son point de vue personnel, voire narcissique, chacun fait l’expérience qu’il ne détient pas la vérité du patient mais que cette vérité est plurielle, variable, en fonction de chaque personne qui la raconte… La constellation transférentielle en rassemblant les points de vue épars de soignants plus solidement authentiques constitue dès lors une fonction contenante et/ou une fonction de pare-excitation collective de l’enfant » (Delion, 2015, p. 50).

Ce propos s’illustrera de vignettes cliniques afin de souligner l’articulation du travail à médiation corporelle d’inspiration psychanalytique avec celui des psychothérapies classiques reposant sur l’élaboration verbale (travail avec les médecins psychanalystes et les psychologues), mais aussi avec l’ensemble des soignants et animateurs de groupes thérapeutiques en institution.

Le choix de la médiation

Ce travail pratiqué en clinique sur indication médicale s’adresse à des adolescentes présentant des troubles du comportement alimentaire. Il leur est proposé une approche par le massage ou la relaxation psychanalytique Sapir. Ces deux approches ont pour but d’amener les jeunes filles à retrouver un lien entre leur réalité psychique et corporelle, articuler le corps réel, imaginaire et symbolique. Il s’agit là de prendre en compte, dans la relation à l’autre, un corps pris dans un fonctionnement opératoire, clivé parfois du fonctionnement psychique et de tout lien aux émotions. Le lien transférentiel est élaboré dans un registre œdipien, comme nous le verrons dans les deux vignettes proposées, mais aussi parfois dans un registre prégénital du côté des symbolisations primaires, les fantasmes ou traumatismes œdipiens venant parfois masquer des fragilités narcissiques souvent en rapport avec des perturbations des interactions précoces.

C’est lors des premiers entretiens avec les jeunes que se fait le choix de la médiation à utiliser. Les questions du toucher et du cadre sont primordiales car l’intention n’est pas de provoquer une excitation, ni d’être source d’angoisse et/ou de fantasmes incestueux, même s’il est inévitable que ce type de souvenirs ou de fantasmes inconscients soient actualisés dans la séance. Le massage aide à constituer cette première enveloppe corporelle permettant de distinguer soi de l’autre et contribuant à l’acceptation d’une différenciation, puis d’une première séparation symbolique possible. Ainsi Clémentine me dira après le massage : « Vous allez trouver ça drôle mais pendant que vous me massiez le dos, je pensais à un bébé dans le ventre de sa mère, vous savez, appuyé contre elle ; quand vous avez laissé vos mains sans bouger sur mon dos, je me disais pourvu qu’elle ne parte pas ; il a bien fallu pourtant… Au fond c’est comme si le bébé naissait… » Le contact des mains sur le dos de Clémentine semble avoir favorisé l’émergence d’images très archaïques de bébé in utero, mais aussi de naissance et donc de première séparation.

Le massage peut, au début des rencontres, être pratiqué sur les vêtements ou même par l’intermédiaire d’une balle. Il peut même être pratiqué par la jeune fille elle-même avant d’être proposé sur peau nue avec du lait corporel ou de l’huile végétale contenant des huiles essentielles. Les régions massées sont essentiellement le dos, les bras et les mains, les jambes et les pieds. Il peut y avoir la partie antérieure du corps au niveau de l’abdomen et du plexus si cela correspond à un besoin que je peux entendre et reconnaître comme n’étant pas une exhibition ou une recherche d’excitation corporelle.

Le toucher

Sylvie Cady

Dans Psychosomatique relationnelle 2013/1 (N° 1), pages 9 à 12

A partir d’un groupe de parole en psychosomatique et d’un groupe de relaxation psychosomatique relationnelle qui allient mouvement corporel en rapport avec les préoccupations du groupe puis la verbalisation, mais différemment le thème d’une problématique autour du toucher s’est lié à une situation d’impasse facteur déterminant d’une pathologie psychosomatique.

Des informations sur la peau et sa symbolique possible ou impossible ont été abordés à partir d’un groupe de parole en psychosomatique relationnelle et d’un groupe en relaxation où ce thème est choisi par les participants.

Pour le groupe la peau c’est le lien, la marque du contact entre l’intérieur et l’extérieur. L’intellectualisation est une manière de faire prendre la distance au toucher de la peau à l’extérieur.

Le toucher et la peau sont un lien de rencontre et de séparation et il y a tout un jeu de Toucher entre l’individuel, le personnel et l’autre.

Mais surtout la peau et le toucher sont un langage sexualisé entre l’intérieur et l’extérieur, entre le psychique et le somatique.

Lady Chatterley – du roman au film : la reconquête du corps par le toucher

La problématique du toucher a toutes les chances de devenir centrale dans le cadre d’une œuvre ayant partie liée avec l’érotisme, à tout le moins dont le sujet principal s’axe autour de la question du corps et de l’éveil des sens. C’est précisément ce qui est en jeu dans The Second Lady Chatterley’s Lover1 de David Herbert Lawrence (écrit en 1927 et publié pour la première fois en 1972) et, par conséquent, dans son adaptation cinématographique réalisée par Pascale Ferran en 2006, Lady Chatterley2.

Le roman de Lawrence raconte la réanimation du corps de son héroïne, châtelaine mariée à un invalide de guerre, et sa redécouverte du plaisir à travers une histoire d’amour adultérine avec le garde-chasse du domaine de son mari. The Second Lady Chatterley’s Lover, s’il ne se départit pas d’une forte attention portée à l’intériorité des personnages, est en dernière analyse le roman d’un épanouissement corporel, d’une réincarnation de la chair. Le romancier, comme la cinéaste, traitent ce lent apprentissage du contact physique en convoquant une expérience tactile du monde, qui passe par la découverte de l’autre via le toucher : « Her soul would have to have some relief, some hope, some touch. It was that she wanted. Not any revelation nor any new idea. A new touch. Just a touch. »3

D’une œuvre à l’autre, percent la connivence artistique entre deux personnalités et la volonté de Pascale Ferran de prolonger le mouvement inauguré par Lawrence. Ainsi, à une note de Lawrence, très représentative de la conception que l’écrivain se faisait de la littérature – « Je pense que l’art doit révéler l’instant dans sa palpitation. »4 – pourrait répondre celle de la cinéaste :

J’essaie toujours d’être au plus près de la présence du monde : tenter de capter les frémissements du vent, presque les odeurs, si je pouvais… Et, dans Lady Chatterley, c’est enrichi de sensations tactiles […].5

Nous nous proposons donc, dans une étude comparative, d’analyser les moyens littéraires et cinématographiques voués à créer les conditions d’une lente attraction des corps tendue vers le toucher. Mais ce simple toucher, vital à l’héroïne du récit, met un certain temps à se réaliser et passe par d’autres formes de contact, à commencer par la vision. Évoquant une « vision haptique » telle que définie par Gilles Deleuze6, le regard va se faire l’agent du contact entre deux êtres et rompre les lois cartésiennes de l’espace pour invoquer la figure de l’autre et la rendre quasi-palpable. Va ensuite s’opérer un déplacement vers un toucher absent, quand le contact sera transféré sur des objets vivants ou portant trace du vivant, dans un rapprochement où la figure de la maintiendra une place essentielle – autant de passages obligés avant que l’étreinte espérée ne soit enfin célébrée.

L’histoire étant celle d’une révolution totale de l’être par le corps, il faut que l’héroïne défaille avant que de renaître à soi, d’où une première partie (dans le roman et dans le film) vouée à faire état d’une déperdition morale et physique, du dépérissement progressif de la jeune Constance, corps inanimé, exsangue voire absent. Après quoi, petit à petit, plusieurs événements vont conduire au sacro-saint toucher salvateur. Le premier contact physique entre Constance et Parkin, le garde-chasse de Wragby, ne survient qu’à la page 105 du roman et aux alentours de la 45ème minute du film. Mais ce contact n’est pas sans précédents, à commencer par celui du regard de la femme posé sur le corps de l’homme. Or cette première étape vers le toucher est aussi une première rencontre qui va se doubler dans le texte et à l’écran d’une pure épiphanie, où la « vision haptique » tend à actualiser le corps de l’autre.

L’effet du massage sur le système nerveux

En collaboration avec Dr Serge Marchand, spécialiste de la douleur, professeur titulaire à la Faculté de médecine et des sciences de la santé de l’Université de Sherbrooke et directeur scientifique du Fonds de recherche du Québec — Santé (FQRS) 12/02/2018

Véritable centre de contrôle de l’organisme, le système nerveux recueille et analyse à chaque seconde une quantité impressionnante d’informations qui permettent au corps de s’adapter à son environnement. Mais peut-on moduler son activité? Le point sur l’effet du massage sur le système nerveux.

Grâce au toucher, nous recevons de l’information sur l’environnement dans lequel nous évoluons : la sensation d’une brise fraîche sur notre peau par une chaude journée d’été, la caresse d’une mère à son nouveau-né, le contact avec une surface lisse ou rugueuse, chaude ou froide, le réconfort, la tendresse. Mais pour en arriver à distinguer ces sensations, encore faut-il les interpréter.

Pour ce faire, notre système nerveux s’avère un véritable chef d’orchestre. Ainsi, lorsqu’une personne pose sa main sur notre bras, les récepteurs sensoriels de la peau perçoivent la sensation. Ils transmettent l’information aux nerfs, qui convergent vers l’encéphale et la moelle épinière. C’est là, dans le système nerveux central, que les données sont analysées et interprétées. Une réponse motrice est par la suite élaborée, puis acheminée par les nerfs jusqu’aux différents organes du corps, avec pour résultat une réaction à la sensation initiale : douleur, chaleur, stress, apaisement, relaxation.

Examen de la portée des connaissances sur les concepts du toucher et du massage et de leurs effets sur l’agitation et le stress des personnes âgées hospitalisées atteintes de démence

Corinne Schaub, Armin von Gunten et Diane Morin

Dans Recherche en soins infirmiers 2016/3 (N° 126), pages 7 à 23

Introduction

Cet examen de portée explore les nombreuses dimensions en jeu dans les interventions de toucher/massage prodiguées par les soins infirmiers. Ce type de synthèse de connaissances a été choisi car il permet de ratisser de manière systématique et itérative la documentation disponible et prendre une première mesure de l’envergure des travaux sur un phénomène donné (1). Les orientations suggérées par Arksey et Malley (2) ont été retenues ; cette synthèse utilise des repères théoriques afin de structurer un compte rendu narratif de la documentation existante. Le choix des articles inclus est basé sur leur pertinence ainsi que sur leur niveau de preuve mais aussi sur leur capacité de mettre en relief la complexité du phénomène du toucher/massage.

La stratégie de recherche documentaire a été réalisée sur les bases de données Pubmed et Cinahl en utilisant les descripteurs relatifs au toucher/massage, aux mécanismes physiologiques d’action, et aux effets sur l’agitation et le stress des personnes atteintes de démence, de même que sur les soignants qui l’utilisent. Des articles voisins ont été retenus selon leur niveau de pertinence. N’ont été considérés que les documents en français et en anglais. Les limites temporelles pour la sélection des méta-analyses et des études expérimentales étaient de 10 ans selon leur niveau d’intérêt et de preuve. Pour être retenues sans limite temporelle, les analyses du concept du toucher/massage devaient avoir démontré une méthodologie pertinente. Ainsi, plus de 250 sources ont été analysées selon ces critères et 116 ont été retenues. Pour des raisons éditoriales, seules 50 sources considérées comme les plus importantes sont référencées dans cet article. Les lecteurs intéressés peuvent demander de recevoir la bibliographie complète à l’auteure principale.

Théoriquement, la proposition qui soutient la construction de cet article est la suivante. Le toucher/massage procure des bienfaits aux personnes âgées souffrant de démence et d’agitation. En effet, l’agitation des personnes atteintes de démence, scientifiquement documentée pour être corrélée à l’inconfort, devrait s’atténuer lorsqu’est réalisé un soin (incluant soin non-pharmacologique – soin de confort) adapté à la situation, surtout si celui-ci est plusieurs fois répété. C’est ici qu’interviennent, lors de ces soins nécessitant un contact relationnel entre soignant et patient, les connaissances sur l’activation des différents modes d’attachement des personnes atteintes de démence. Ces modes d’attachement pourraient participer à expliquer la relative imprévisibilité des réactions lors de la réalisation d’actes habituellement considérés comme agréables comme cela a été développé dans notre premier examen de portée (3). Ces effets sont modulés par plusieurs déterminants ancrés dans les neurosciences médicales, les sciences infirmières, la psychologie et la sociologie. Ils peuvent avoir un impact favorable sur l’agitation en raison de ses effets biologiques sur le stress qui intervient dans la modulation des échanges sociaux (4). Il faut donc d’abord comprendre et tenir compte des caractéristiques neurophysiologiques de la peau et des dimensions sociales et émotionnelles en jeu lors des activités de toucher/massage. Puis, afin d’explorer l’ensemble des dimensions en jeu, les travaux sur le toucher et le massage développés par les sciences infirmières sont décrits. Ils sont suivis de l’examen des besoins en toucher des personnes âgées et de la perception de soignants à réaliser des contacts physiques auprès de cette population.

Quoique la synthèse de l’évidence relative aux besoins en contact physique et à l’effet du toucher/massage auprès des personnes âgées souffrant de troubles cognitifs soit favorable à notre proposition, cet article propose des pistes additionnelles pour la recherche.

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