Toucher, effleurer, heurter, émouvoir, désarmer, chatouiller

Psychopraticienne et danse thérapeute, je m’interroge régulièrement sur le rapport au corps et au toucher, du corps à la psyché.

En tant que danse thérapeute, j’interviens depuis plus de quinze ans dans un hôpital de jour accueillant des jeunes gens en souffrance psychotique.

Je travaille avec un groupe semi-ouvert de six à huit patients, et je propose un atelier hebdomadaire de danse improvisée et de danse appelée Contact Improvisation (née dans les années 1970 à l’initiative de Steve Paxton).

Le Contact Improvisation se joue dans l’apprentissage de l’altérité : mon mouvement existe parce que je prends appui sur l’autre, mais si je me « fonds » en lui, le mouvement cesse par extinction de la dynamique. La danse naît et se développe par le contact avec l’autre, contact allant de l’effleurement jusqu’à prendre appui ou offrir un appui à mon ou mes partenaires de danse.

Le toucher est donc le sens convoqué, sollicité en premier lieu pour être “à l’écoute“ dans l’ici et maintenant du mouvement qui se crée dans l’instant.

Toucher c’est voir.

Rencontre avec Quitterie Ithurbide, artiste peintre plasticienne

 

Artiste peintre plasticienne, Quitterie Ithurbide travaille sur un concept particulier : offrir, à des personnes mal voyantes ou non voyantes, l’accès à des tableaux célèbres par des réinterprétations en céramique2. Son postulat est de permettre, à des personnes handicapées visuellement, une approche « à leur façon », à travers le toucher de ses œuvres.

Les vertus thérapeutiques des activités manuelles

Faire quelque chose de ses mains est un gage d’équilibre et de mieux-être.

Dans une première vie, Cécile Barbara se voyait comme «une pure intellectuelle». Bac + 5, grande école de commerce, admissible à l’ENA… Ses compétences analytiques étaient indéniables. Trente ans plus tard, la voici mosaïste et, même si elle garde quelques missions journalistiques, l’essentiel de son activité quotidienne est la création et la pose de sols ou de façades de boutiques. Une reconversion après un licenciement, un CAP de carreleur obtenu à l’âge de 40 ans, Cécile est une «néo-artisane» qui a trouvé sa voie par hasard.

«Un jour, attirée par les couleurs, j’ai acheté dans un magasin de bricolage un petit kit pour décorer un cadre photo, se souvient-elle. L’immense plaisir que j’ai ressenti, le dimanche après-midi suivant, en assemblant les petits carrés de céramique, une forme de concentration joyeuse, ne m’a jamais quittée! Et même aujourd’hui quand j’ai d’importants chantiers à mener, avec leurs contraintes et les soucis que cela implique, créer une mosaïque m’apaise.»

Ce travail manuel a même changé «toute (sa) manière de vivre», confie-t-elle, et cela, elle l’explique par l’intense transformation personnelle que cette activité a entraînée. «Lorsque j’installe une mosaïque, j’arrête de penser, je fais le vide et mon corps tout entier se retrouve engagé à travers mes sensations. Tous mes sens sont convoqués: la vue de toutes ces couleurs, le toucher, l’odorat – ça sent la colle! -, l’ouïe quand je coupe… Et quand je vois ma création terminée, je peux vraiment dire: “oui, ma main donne la vie!”»

De ce qui nous touche

Conférence de Corinna Coulmas,

Philosophe, Historienne des religions et Sociologue, Paris.

Bonjour Mesdames, bonjour Messieurs,

Dans le cadre de cette journée consacrée au sens du toucher, je voudrais réfléchir avec vous sur ce qui nous touche, dans tous les sens du terme, pour déterminer ce que c’est que le toucher : ce qu’il est ici et ailleurs, comment il change de forme et de signification dans le temps et dans l’espace, comment il agit. C’est là un immense sujet, et je ne prétends pas pouvoir l’embrasser dans cette conférence. Mais j’aimerais donner quelques impulsions à la discussion et l’ouvrir à des thèses qui me tiennent à cœur. Comme il se doit pour un tel sujet, nous avancerons à tâtons.

Cela me touche beaucoup,  disons-nous à propos d’un geste attentionné, d’une belle musique, d’une œuvre d’art ou d’un paysage. En le disant, nous sommes convaincus de nous exprimer par un sens figuré, d’utiliser une métaphore si évidente qu’elle peut paraître banale. Nous croyons par ailleurs connaitre la manière dont cette métaphore fonctionne. Le sens premier est concret. Je – un corps sensible – suis touché de façon douce ou dure par un autre corps ou par un objet, par quelque chose qui, comme moi, occupe une étendue, une portion déterminable dans l’espace. Le sens figuré transposerait dans le domaine abstrait cette expérience physique, palpable. La sensation tactile (sens premier) renverrait ainsi au sentiment d’être affecté par quelque chose (la métaphore).

Mais est-ce vraiment si sûr qu’il en est ainsi ? Et si le sens abstrait de notre proposition Cela me touche n’était justement pas une métaphore, c’est-à-dire un transfert dans un autre ordre, mais une variante d’un même phénomène qui a lieu dans des sphères différentes ?

Pour mieux cerner le problème, examinons l’exemple suivant : il nous est déjà arrivé à nous tous de nous retourner subrepticement parce que nous sentons quelque chose dans le dos – pour constater que quelqu’un est en train de nous regarder. Son regard nous a touché et nous y avons réagi en nous retournant. S’agit-il d’une métaphore ou d’un sens direct ?

Si nous éprouvons quelque difficulté à répondre à cette question, cela tient au fait que dans notre civilisation, nous avons l’habitude d’associer le toucher exclusivement au domaine matériel et physique. Dire qu’un regard nous touche n’a donc pas de sens, sauf si la phrase est comprise métaphoriquement. Or, il se trouve que le regard en question, qui appartient peut-être à quelqu’un que nous ne connaissons même pas, ne nous a pas touchés émotionnellement, mais de façon tout à fait directe, dans notre corps.

Le Toucher dans tous ses ébats

Une émission de Julie Beressi

Ce soir c’est la main qui caresse, les doigts qui effleurent, les lèvres qui baisent, la langue qui lèche, c’est peau contre peau ou peau contre soie, c’est je te touche, tu me touches, elle se touche… c’est le toucher guide de la sensualité et du désir…

Avec la participation de :

Jean-Didier Vincent, neurobiologiste

Serge Tisseron, psychanalyste

 

1h29 / 31 juillet 2011

La Main 1/4 : la main-outil, d’Aristote à Leroi-Gourhan

A l’occasion d’une semaine consacrée à la Main, Adèle Van Reeth reçoit Claudine Cohen et Pierre Pellegrin à propos de la main-outil, d’Aristote à Leroi-Gourhan.

Extraits:

– Les pensionnaires , Antoine Hervé

  • Minor Swing , Django Reinhardt
  • Les mains d’or , Juliette Gréco
  • Le claqueur de doigts , Serge Gainsbourg
  • Le mystère Picasso (1956), Henri Georges Clouzot

Lectures:

  • « Apologie de Raymond Sebond », Les Essais (II, 12), Montaigne
  • Les parties des animaux, § 10, 687 b,Aristote
  • Éloge de la main , Henri Focillon
  • Discours aux chirurgiens , Paul Valéry

Réalisation: Mydia Portis-Guérin

Lecture des textes : Cécile Backès

 

58mn / 12 septembre 2011

La Main 2/4: Du toucher à la caresse : Sartre et Merleau-Ponty

Adèle Van Reeth reçoit Clara Da Silva et Philippe Cabestan à propos de la main-caresse et du toucher chez Sartre et Merleau-Ponty.

Extraits:

  • Cité Tango , Gotan Project
  • Ta main , Lucienne Boyer
  • C’est si bon , Louis Armstrong
  • Tocata Rea, Astor Piazzolla
  • Caresse-moi, j’adore ça , Helena Nogerra
  • Entretien de Jacques Derrida

Lectures:

  • La Prisonnière (chapitre 3), Marcel Proust
  • La Nausée , Jean-Paul Sartre
  • Totalité et infini , Emmanuel Lévinas
  • L’être et le Néant , Jean-Paul Sartre

Réalisation: Mydia Portis-Guérin

Lecture des textes: Cécile Backès.

 

58mn / 13 septembre 2011

La Main 3/4: Mise en scène de la main : le geste au théâtre

Adèle Van Reeth reçoit Jean-Loup Rivière à propos de la main au théâtre.

Extraits:

  • Les Barricades mystérieuses, François Couperin
  • Les Comédiens , Charles Aznavour
  • Interview du mime Marceau à propos du travail de ses mains.
  • Le Cid (acte I, scène 4), Corneille: Captation au théâtre de Chaillot en 1955.
  • Ruy Blas (acte III, scène 3), Victor Hugo: Captation à la Comédie française en 1932

Lectures:

  • « Lettre sur le langage », in Le Théâtre et son double , Antonin Artaud.
  • Paul Porel, cité par André Antoine dans Causeries sur la mise en scène.

Réalisation: Mydia Portis-Guérin

Lecture des textes: Cécile Backès

 

58mn / 14 septembre 2011

La Main 4/4: La main invisible: Adam Smith

Adèle Van Reeth reçoit Catherine Audard à propos de la main-invisble chez Adam Smith.
Extraits:

  • Your own sweet way , The Notting Hillbillies
  • Working in a coal mine , Lee Dorsey
  • Invisible man , Queen
  • Un homme d’exception, réalisé par Ron Howard avec Russell Crowe et Ed Harris (2001)
  • Ma part du gâteau , réalisé par Cédric Klapish avec Karin Viard et Gilles Lelouch (2011)

Lectures:

  • Théorie des Sentiments moraux , (IV, 1), Adam Smith
  • La fable des abeilles , Bernard Mandeville

Réalisation: Mydia Portis-Guérin

Lecture des textes: Cécile Backès

 

58mn / 15 septembre 2011

Toucher la vie – L’aventure haptonomique

Un documentaire de Franck Thoraval et Anna Szmuc

Il y a 5 ans, Franck Thorava a découvert l’haptonomie ou « toucher affectif ». Un thérapeute lui a proposé de développer son « sentiment de sécurité intérieure ». Il a vécu cette aventure avec un étonnement permanent.

Tout travail en haptonomie débute par trois séances de découverte, afin de dissiper le scepticisme du patient. Avec Vincent Xambeu , kinésithérapeute et Dominique Decant-Paoli psychiatre, l’haptonomie explore un potentiel humain méconnu, celui du « toucher affectif ». La confiance établie par cette rencontre transforme le soin.

Nathalie y trouve un chemin de réconciliation avec son corps. Caroline, dans son sixième mois de grossesse et Elsa , son épouse, accueillent une petite fille à venir.

Ce documentaire vous propose d’entendre autrement le toucher, ce sens augmenté.

Avec :

Vincent Xambeu , kinésithérapeuthe formé à l’haptonomie ;

Dominique Décant-Paoli, psychiatre et haptothérapeute ;

Nathalie Barbaras , Caroline Fournier et Elsa Kedadouche , et Stéphanie Kappler  du Palais de la Découverte ;

Extraits de « Avatar » de James Cameron et de « Œdipe sur la route » de Henri Bauchau et archives Ina (Isabelle Fort Rendu).

Musique originale de Sylvain Ollivier enregistrée par Eric Boisset et Dimitri Scapolan .

Merci, tout particulièrement à Jérôme Strazzulla .

Ainsi qu’à Clara Bouffartigues , Aurore , la cavalière, patiente de Vincent Xambeu, au Palais de la Découverte et au CIRDH Centre International de Recherche et de Développement de l’Haptonomie Frans Veldman.

 

Production : Franck Thoraval

Réalisation : Anna Szmuc

Prise de son et mixage : Manon Houssin

 

52mn / 13 mai 2014

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